Une épouse doit honorer son mari. En voilà, un sujet qui fâche ! Avant de se crisper très vite, sans doute trop vite, je vous invite à parcourir cet article. Il pourrait bien révolutionner la façon dont vous envisagez ces mots.
Passons d’abord en revue les principales objections qu'une telle formule ne manque pas de soulever.
Objection n° 1 : honorer est un acte de faiblesse.
Nous, occidentaux, avons une vision foncièrement négative du mot « honorer ». Ou, pire encore, de la notion de « servir ». Nous y percevons une forme de relégation à un niveau inférieur, parfois même une forme de soumission inacceptable.
Évidemment, dont un monde perçu comme une jungle, comme le théâtre d'un combat permanent et sans états d’âme, l'attitude devient dangereuse. En abaissant ses propres défenses, on se met à la merci de l’autre.

Seulement, il n'est pas question de jungle : c'est de couple dont nous parlons. Un lieu censé encourager le partage, la reconnaissance, la solidarité et la confiance. Un lieu safe ou secure, aussi, comme on dit en anglais.
Quand le couple devient une jungle, par contre, on y voit apparaître de bien curieuses postures. Des postures défensives telles que la méfiance, la dissimulation ou la dissuasion par exemple. D'autres plus offensives comme la préemption[footnote], l'intimidation ou la surveillance. Elles sont toutes comme du poison. Nocives et surtout... hors-contexte.
Et puis, réfléchissons un instant : honorer n’est pas l’acte du faible. En fait, la vérité est diamétralement opposée. La possibilité d’honorer autrui n’est réservée qu’à l’individu dont le « moi » est assez spacieux pour héberger son propre « moi » et celui de l'autre.
En revanche, l’individu pour qui il est difficile d’honorer autrui, n’a non seulement pas assez de place pour l’autre, mais aussi pour lui-même. Ce genre de profils, nous y avons tous eu affaire. Des gens qui, même chez eux se sentent à l’étroit. Toujours insatisfaits, toujours en demande, ils ne sont jamais heureux... et ne rendent évidemment pas non plus leur entourage heureux.
Objection n° 2 : parce que le mari, lui, ne doit rien à sa femme ?
Voici un argument facile. Certaines épouses diront : « Honorer mon mari ? Très bien, je n’y vois aucun inconvénient. Mais lui, alors ? ».
Dans une relation entre deux « entités », qu’il s’agisse de deux individus, de deux groupes, d’un individu et d’un groupe, chacun a pour ainsi dire sa part du contrat à honorer. La relation n’est viable et source d’épanouissement mutuel, que si les deux parties assument leur part. Une co-responsabilité individuelle, pour le bien de tous.

Justement, supposons que l'une des parties assume sa part comme il convient. A-t-elle accompli tout le chemin de la relation ? Non, elle n'a accompli que le chemin qui lui revient dans la relation. Et même si sa conviction était telle qu'elle compterait presque pour deux, ce qu'elle a fait n'a pas le pouvoir d'annuler la responsabilité individuelle de l’autre partie[footnote].
Ces idées semblent simplistes, n’est-ce pas ?
Ne vous y trompez pas. Elles sont à l’origine de conflits innombrables. Quand l’un doit faire un pas et que l’autre aussi, mais que chacun attend que l’autre commence, aucun pas n’est jamais fait. Et cela suffit à chasser l'espoir et à saturer la relation de frustration.
Objection n° 3 : et l’égalité hommes-femmes, on en fait quoi ?
Il semble que la notion d’égalité homme-femmes soit quelque chose comme un « leurre émotionnel ».
Laissons l'adjectif « émotionnel » pour le moment. Pourquoi serait-ce un leurre ?
Parce que les femmes sont inférieures aux hommes ? Certainement pas. Parce qu’au contraire, les hommes sont inférieurs aux femmes ? Pas davantage.
La relation d’égalité n’a de sens qu’entre ce qui se ressemble strictement. Or, quand on considère la femme et l’homme sous les différents aspects, ce qui apparaît d’emblée, ce sont surtout leurs différences !
Mais pas de ces différences irréconciliables, de ces différences qui n'ont d'autre destin que de s’opposer et de se combattre. Plutôt de ces différences sources d’enrichissement réciproque ; de ces différences qui, en tant que facettes d'un même ensemble, se complètent.
La femme se regardera, puis elle regardera l’homme et lui dira : « Telle chose me manque et j’en ai besoin. Or, tu la possèdes naturellement ». L’homme se regardera, puis il regardera la femme et lui dira : « Au-delà de telle limite, mon aptitude est vaincue. Or, c'est là que commence ton domaine à toi ».

Ainsi, en revendiquant « l’égalité hommes-femmes », on propre une mise en rapport autour d'un caractère qui n’est pas le plus manifeste, puisque l'homme et la femme sont essentiellement différents, et non pas essentiellement semblables.
Ensuite, on apporte une fausse solution à un vrai problème. Puisque les différences naturelles entre hommes et femmes ont créé des formes d'inégalités, bien plus superficielles celles-ci, prétendons que tous deux sont absolument égaux. Les inégalités disparaîtront alors nécessairement !
La volonté est éventuellement bonne, mais pour la méthode... On ne traite pas une conséquence. On utilise la conséquence pour identifier la cause, et c'est elle que l'on traite.
Or, la cause n'est pas l'inégalité. Bien sûr que l'homme n'est pas l'égal de la femme, et que la femme n'est pas légal de l'homme, puisqu'ils sont essentiellement différents et le resteront ! L'absence d'égalité[footnote] n'a d'ailleurs, en soi, rien de préjudiciable. C'est même ce qui fait toute la poésie de notre monde. L'inégalité, à ce titre, est la condition sine qua non du mouvement... Un mouvement qui n'est rien d'autre que la vie elle-même.
En revanche, ce qui, de tout temps, fut vecteur d'injustices, c'est la mesquinerie, le mépris et la perversion qui se sont ancrés dans cette absence de similarité, donnant l'impression que là résidait le cœur du problème.
L'Histoire a laissé une empreinte émotionnelle considérable. Dans les rues ou dans les institutions, on essaie de prendre une revanche longtemps désirée. Et quand le couple devient l'arène de ce combat, quand le couple déchaîne les passions, on peut réellement parler de « leurre émotionnel ». C'est ce que je vous propose d'aborder la prochaine fois.