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Le pardon et la rancune sont des concepts flous et nuancés, souvent difficiles à appréhender. Bien que l'on puisse affirmer avoir pardonné, une trace de rancune peut persister, prêt à resurgir dans un conflit futur. Le Talmud, en évoquant l'exemple des animaux, nous invite à réfléchir sur le pardon. Prenons le chat : après une réaction agressive, il oublie rapidement sans garder de rancune, offrant ainsi une leçon précieuse. L'homme, lui, a souvent du mal à "passer à autre chose", laissant l'agressivité perdurer. Le véritable défi réside dans la capacité à dépasser ses ressentiments.
Aimer, savoir pardonner : ces facultés comptent parmi les plus élémentaires de l'existence. Paradoxalement, elles restent la plupart du temps assez floues, dans la mesure où il est malaisé de déterminer véritablement si l'on aime pardonner, si l'on sait pardonner, si l'on a pardonné. À cela, il y a une raison très simple.
De telles notions ne reposent pas sur un principe de dualité. En d'autres termes, la vie ne conduit généralement pas à aimer ou à ne pas aimer, à savoir ou à ne pas savoir, à pardonner ou à ne pas pardonner. Toutes ces notions, et bien d'autres tout aussi fondamentales, se vivent dans une multitude de nuances.
Focalisons-nous sur le pardon, ou plutôt sur son pendant, la rancune, qui constitue l'objet de cette brève. Combien de fois as-t-on assuré avoir pardonné à quelqu'un, alors qu'une trace était restée incrustée dans le cœur ? Alors que la rancune était encore là et se serait révélée un jour ou l'autre, à l'occasion de quelque dispute ? Le Talmud affirme que si la Torah n'avait pas été donnée à l'homme, un autre enseignement l'aurait remplacée afin d'inculquer les principes fondamentaux de l'existence. De façon très surprenante, cet enseignement, c'est l'exemple des animaux.
Le chat, par exemple, toujours d'après le Talmud, est à même d'enseigner la pudeur. Il se pourrait bien qu'il puisse aussi nous enseigner le pardon. Les chats sont connus pour leur caractère indépendant.
Essayez d'en approcher un quand ce n'est pas l'heure des caresses. Il les dédaignera et s'en ira. Embêtez-le un peu trop, il vous griffera dans un réflexe qui s'apparente indéniablement à de l'agressivité.
Venez alors un peu plus tard pour le caresser à nouveau. Il ne sera pas rare qu'il accepte cette fois de bonne grâce, allant jusqu'à ronronner de plaisir. Où est passée sa rancœur ? En fait, il n'y en a jamais eu.
Si on la rapporte à l'homme, la leçon est vertigineuse. Souvent dans la vie, on exprime son désaccord, on défend son point de vue, éventuellement avec une forme d'agressivité. Il n'y a au fond là rien d'anormal.
Ce qui est anormal en revanche, en plus d'être particulièrement préjudiciable aux relations humaines, c'est le fait que l'agressivité puisse perdurer longtemps, très longtemps après un accrochage. Nous connaissons tous l'expression « passer à autre chose ». Le chat en est capable. Alors, pourquoi pas l'homme ?

Derrière le Miroir / dɛʁjɛʁ lə miʁwaʁ / Métaphore encourageant à regarder son propre reflet, pour réaliser que la vérité attend quelque part derrière, bien au-delà des apparences.